Je l'ai déjà dit (en tout cas, j'en suis à 90% sûr), y a de moins en moins de bonnes séries américaines à la télévision. On est clairement dans une période de creux niveau qualité, depuis 2005 les nouveautés s'enchainent et s'embourbent, ou bien sont annulées au bout d'une poignée d'épisodes (souvent à raison). Mais bien entendu, il y a toujours des exceptions, et Breaking Bad est l'une d'entre elles.


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Pour ceux qui ne connaissent absolument pas, le pitch: Walter White, la cinquantaine, est prof de chime dans un petit lycée public en banlieue. Il a une femme (enceinte) et un fils (souffrant de paralysie cérébrale). Une vie très banale jusqu'au jour où il apprend qu'il est atteint d'un cancer des poumons. Il décide alors qu'il ne peut pas laisser sa famille dans le besoin, et vu qu'il est vraiment très très très bon en chimie, il trouve que le meilleur moyen de résoudre ce problème, c'est de produire, et vendre de la méthamphétamine. Il va alors s'associer avec l'un de ses anciens élèves (Jesse) devenu dealer/junkie/paumé, et tenter de se faire le plus de blé possible tout en cachant son nouveau business à sa famille (une très bonne idée quand on a un beau-frère qui travaille pour la DEA, l'équivalent ricain des Stups).

 

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Ainsi commence donc la nouvelle vie de Walter. Une sorte de grand-huit remplis de dangers où il lui faut réévaluer tout ce qu'il connaissait et ce en quoi il croyait jusque là, et dont l'arrivée est de plus en plus incertaine. Au fil des épisodes on assiste ainsi à une véritable transformation du personnage, aussi bien psychologique (il prend des risques alors qu'il les a évité toute sa vie, son ego augmente, il devient de plus en plus imprévisible et capable de violence) que physique (son corps est évidemment affecté par la chimiothérapie, il maigrit, se rase totalement le crane).
Plus l'histoire avance, et plus il devient évident que chaque action de Walt le mène un peu plus vers sa perte. Si les motivations du personnage peuvent provoquer l'empathie, beaucoup de ses actes sont condamnables, et c'est au final le rôle du spectateur de le juger ou non (un peu à la façon de Vic Mackey The Shield).

Pour ce qui est des personnages secondaires, j'avoue que je les trouvais un peu légers et trop "fonctionnels" au début de la série, mais certains se sont révélés êtres des pièces maîtresses de la série (tel Hank, le beau-frère). Il y a aussi des personnages n'aparaissant que pour un petit nombre d'épisodes, mais dont la portée iconique reste dans les mémoires, par exemple, les jumeaux mexicains en saison 3, en quête de vengeance et laissant une traînée de cadavres partout où ils passent.
Même sans spoiler, il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur la série. Le soin particulier apporté à la forme par exemple, avec une mise en scène rivalisant les meilleurs hits de HBO. Des thématiques toujours bien exploitées. Et aussi, un art du teasing absolument délicieux. Un teaser, quand on parle d'un épisode de série télé, c'est la première scène de l'épisode, pré-générique (ça s'appelle aussi "cold open"). Et à ce petit jeu là, Breaking Bad est roi, que ça soit avec des teaser mystérieux pendant la saison 2 qui annonçaient le season finale, ou des bons gros délire jouissifs comme ceci:


Negro y Azul

 

Maintenant, il est temps de citer quelques noms. Déjà parce que c'est toujours plus poli que de montrer du doigt, et aussi parce que cette série n'est pas née du néant. Elle a été créée par Vince Gilligan. Et si vous ne savez pas qui c'est, je vous conseille fort de vous penchez sur les travaux du monsieur. Car Gilligan est le mec qui a écrit les épisodes les plus barrés (et tout simplement certains des meilleurs épisodes) de X-Files. Il est aussi l'un des co-créateur du spin-off de cette dernière: The Lone Gunmen (dont les teaser roxaient parfois méchamment, tant que j'y pense), et a écrit les scénars de quelques films, dont Hancock. Donc un mec que j'avais déjà de bonnes raison d'apprécier avant et qui a définitivement montré qu'il était l'un des meilleurs esprits créatifs en activité avec Breaking Bad.
Pour sa team de scénaristes, Gilligan a semble-t-il choisi la fraîcheur, vu qu'ils ont tous des c.v très courts. Enfin si on excepte deux de ses potes de l'époque "X-Files/Lone Gunmen"; Thomas Schnauz et John Shiban. Shiban prouve d'ailleurs enfin qu'il peut faire du bon boulot parfois, parce que jusque là, je le connaissais surtout pour certains des pires épisode de X-Files, idem pour Supernatural dont le niveau général est déjà assez à chier, mais çaz se voit quand même), et comme étant la mauvaise moitié de Lone Gunmen, on le retrouve également bientôt aux crédits de deux épisodes du prochain massacre de la prochaine saison de Torchwood.

Du côté casting, il y a aussi de quoi faire bander. Une rescapée de Deadwood (pas ma préférée, et de loin, mais on fait avec ce qu'on a), le jeune Aaron Paul qui après des dizaines de petits rôles, prouve qu'il a un sacré talent, Dean Norris, un vétéran des seconds rôles qui assure grave, et pour la première fois à l'écran; RJ Mitte jouant le rôle de Walter Jr, et si l'acteur est également atteint de paralysie cérébrale, c'est à un degré beaucoup moins important que son personnage, une excellente première prestation, donc. S'ajoute à ceux-là des guests assez prestigieux le temps d'un épisode ou deux, le plus connu étant le grand Danny Trejo.

Mais évidemment l'acteur le plus important dans la série, est celui qui a le rôle clé, et ce n'est autre que Bryan Cranston. Si ce nom ne vous dit rien, je suis certain que vous le visualiserez assez vite si je vous dit que c'est le type qui jouait le papa dans Malcolm. Ce n'est pas la seule chose qu'il a faite bien entendu, le mec a une centaine de petits rôles à son actif, mais les deux seuls autres programmes où je l'avais vu auparavant, c'était un épisode de X-Files (écrit par... Vince Gilligan !), et un épisode de Babylon 5. Mais comme tout le monde, c'est dans Malcolm que je l'ai vraiment découvert, et il était absolument génial dans le rôle du père déjanté et souvent hystérique, mais qui s'écrase devant sa femme, et fait au moins autant de conneries que ses gamins. Probablement l'un des meilleurs persos de toutes séries comiques confondues. Et c'était d'autant plus risqué de le choisir pour le rôle de Walter White, qui casse totalement l'image que l'acteur avait "gagné" auprès du public. Mais c'est là qu'on reconnaît les grands acteurs, capables de changer de registre comme de chemise. Cranston semble être le genre de types à pouvoir jouer n'importe quoi, toujours avec le même talent, et on s'agenouille tous devant lui. Amen.

 

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Pour résumer, s'il y a une série américaine qu'il faut suivre en ce moment, c'est Breaking Bad. Elle a tout ce qu'il faut, un headwriter de génie (et y en a pas tant que ça en activité en ce moment), un acteur principal de haute volée (pendant que d'autres ruminent dans des séries mal écrites), et une production prodigieuse. Et elle prouve que l'on peut écrire une excellent série télé avec un dealer en perso principal, lavant l'affront qu'est devenu Weeds (2 saisons qui tiennent la route, et 4 autres de nawak absolu, remplies de persos antipathiques, mais avec Mary-Louise Parker à poil la moitié du temps, il est vrai).
Bref, matez Breaking Bad, car y a la saison 4 qui arrive cet été, et que ça va être de la balle.


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